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Éducation au développement durable : constats et leviers pour agir

Journée de l'Éducation 2026
À l’occasion de la Journée internationale de l’éducation, qui se tiendra le 24 janvier 2026, l’édition 2025 du Baromètre de l’éducation au développement durable (EDD) de l'Observatoire Ecolhuma met en lumière une tension majeure : si la notion d’urgence écologique est largement acceptée, les conditions permettant de l’enseigner durablement restent fragiles.
Dans un contexte marqué par la multiplication des crises, que nous dit ce baromètre sur l’état réel de l’EDD à l’école ? Et surtout, quels enseignements en tirer pour construire une éducation qui donne véritablement envie d’agir ?
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Une baisse de l’adhésion qui interroge, sans traduire un désintérêt

En 2023, 84 % des enseignants déclaraient adhérer aux principes de l’éducation au développement durable. Deux ans plus tard, ce taux chute à 54 %. Une baisse significative, qui pourrait laisser penser à un désengagement de l’école face aux enjeux de la transition écologique.
Faut-il y voir un décrochage de l’institution scolaire ? Une démobilisation des enseignants sur des sujets pourtant essentiels pour l’avenir des élèves ? Voire un rejet de l’écologie elle-même ?
Les résultats du Baromètre EDD 2025 invitent à nuancer fortement ces interprétations. Cette baisse ne traduit pas un désintérêt pour les enjeux environnementaux, mais plutôt un phénomène de fatigue professionnelle, d’isolement et de manque d’accompagnement. En effet, la lassitude, la surcharge de travail et la politisation croissante du sujet pèsent sur la capacité des enseignants à s’engager concrètement, malgré une conscience intacte de l’urgence écologique

Pourquoi ce recul ? Trois facteurs explicatifs majeurs
  • Une dépriorisation des enjeux écologiques face à d’autres urgences

Le baromètre met en évidence un déplacement des priorités, tant dans la société que dans le monde éducatif. Les préoccupations liées à la sécurité chez les français ont fortement augmenté ces dernières années, passant de 26 % en 2023 à 41 % en 2025, tandis que les enjeux environnementaux reculaient de 30 % à 25 % sur la même période (Baromètre GREENFLEX–ADEME 2025 de la consommation responsable).

Cette évolution du contexte général éclaire en partie les résultats observés chez les enseignants. Comme l’ensemble de la population, ils sont traversés par des inquiétudes multiples et hiérarchisent leurs préoccupations prioritaires dans un environnement perçu comme de plus en plus contraint. L’EDD peut alors apparaître comme un enjeu relégué au second plan, non par manque de conviction, mais par saturation et épuisement.

  • Une polarisation politique croissante de l’écologie

Le baromètre souligne l’impact de la politisation croissante des questions environnementales. Selon l’Enquête Ipsos Comprendre le vote des Français (2024), l’écologie est désormais fortement associée à certains positionnements politiques, au détriment de son image neutre et scientifique initiale. Dans ce contexte, certains enseignants peuvent craindre que l’EDD soit perçue comme un engagement partisan.

Le baromètre montre par ailleurs que les normes sociales perçues jouent un rôle déterminant ; plus les enseignants estiment que leurs collègues, leur hiérarchie, les parents d’élèves ou les élèves eux-mêmes sont favorables à l’EDD, plus leurs propres attitudes sont positives. À l’inverse, un climat perçu comme sceptique ou conflictuel peut freiner l’engagement.

Il est toutefois important de souligner que ce recul ne s’explique pas par une remise en cause scientifique de la crise climatique : moins de 1 % des enseignants interrogés se déclarent climato-sceptiques, et l’adhésion au constat de l’urgence climatique demeure très élevée.

  • Un manque d’accompagnement institutionnel et systémique

Enfin, le baromètre met en lumière un écart persistant entre les attentes institutionnelles et les moyens réellement mis à disposition des enseignants. Si les discours sur l’urgence climatique sont nombreux, ils ne se traduisent pas toujours par des plans d’action clairs, des ressources adaptées ou une reconnaissance institutionnelle suffisante.

Les données de TALIS 2024 illustrent cette tension ; 62 % des enseignants français déclarent que le fait de « suivre l’évolution des exigences de l’Éducation nationale ou des autorités académiques ou locales » constitue une source de stress, contre 39 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Cette pression administrative, lorsqu’elle n’est pas compensée par un accompagnement effectif, peut freiner l’engagement professionnel. Le parallèle avec le Baromètre GREENFLEX–ADEME 2025 est éclairant : à l’image des consommateurs qui se découragent lorsque l’offre responsable tarde à se concrétiser, les enseignants peuvent se démobiliser lorsqu’ils ne disposent pas des moyens nécessaires à la mise en œuvre de l’EDD.

Dès lors, pour que les comportements durables deviennent réellement désirables, les discours doivent s’accompagner d’un soutien matériel, organisationnel et systémique.

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Le rôle déterminant du contexte, notamment en REP

Le contexte professionnel dans lequel s’inscrit l’enseignement joue un rôle déterminant dans l’engagement des enseignants en matière d’EDD, parfois davantage que leurs convictions personnelles. Les enseignants qui perçoivent un soutien de la part de leurs collègues, de la hiérarchie et des parents d’élèves tendent à s’impliquer davantage.

Lorsque l’EDD est portée collectivement, soutenue institutionnellement et valorisée par la communauté éducative, l’engagement est renforcé. À l’inverse, dans les établissements relevant du Réseau d'Education Prioritaire (REP), l’EDD est souvent perçue comme « le défi en trop ». Confrontés à des urgences éducatives et sociales majeures, les enseignants y sont moins proactifs sur ces questions, non par désaccord, mais par manque de marges de manœuvre. Comme le mentionne  Nathalie, une enseignante de physique-chimie en collège :

« Le temps manque, les missions s’empilent, les besoins des élèves augmentent… À un moment, on ne peut plus tout faire, même si on y croit encore. » 

Ce que les enseignants demandent : des outils, du temps et de la reconnaissance

Maintenant que les principaux freins ont été identifiés, il est possible de mieux comprendre les leviers d’action en s’intéressant aux attentes exprimées par les enseignants. Le baromètre l'explique clairement : « Les enseignants n’ont pas besoin d’être convaincus de l’intérêt ou de la légitimité de l’éducation au développement durable. Ils ont besoin de se sentir compétents, soutenus et de percevoir un engouement autour du sujet dans leur environnement professionnel. » 

En priorité, ils expriment un besoin de ressources pédagogiques concrètes et prêtes à l’emploi (70 %), ainsi que d’activités facilement adaptables à leurs classes (60 %). Le manque de temps dédié à la préparation et à la mise en œuvre des projets, tout comme l’absence de reconnaissance institutionnelle, constituent des freins majeurs à un engagement durable.

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Si les besoins varient selon les pratiques pédagogiques, une tendance nette se dégage : certaines modalités, comme les jeux de rôle, l’analyse documentaire ou les projets de groupe, suscitent une demande particulièrement forte en ressources clés en main, tandis que le besoin de temps dédié concerne une part significative des enseignants, quelle que soit la modalité envisagée.

Les témoignages recueillis soulignent également une forte attente en matière de formation et d’accompagnement. Comme le résume Rémi, enseignant en Lettres-HGEMC en lycée professionnel :

« Je me sens concerné par le sujet, mais je manque d’outils concrets pour l’aborder en classe. Il faudrait davantage de formations et d’intervenants spécialisés pour aider à mobiliser les élèves de façon efficace. »

Ces résultats montrent que l’engagement des enseignants dépend largement de l’environnement institutionnel et pédagogique. Lorsque l’éducation au développement durable est incarnée, soutenue et rendue concrète, elle devient une évidence plutôt qu’une injonction supplémentaire.

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Vers une éducation qui inspire l’action

En cette Journée internationale de l’éducation, le Baromètre EDD 2025 rappelle une conviction forte : l’éducation à la transition écologique n’est pas un ajout optionnel aux programmes, mais un levier essentiel pour développer la capacité des élèves à comprendre, penser et agir dans un monde en transformation.

Chez Enactus France, nous partageons la conviction que l’engagement se construit dans l’action. Il naît de dynamiques collectives, de l’accès à des outils concrets et du renforcement du pouvoir d’agir de chacune et chacun.

Célébrer l’éducation, c’est aussi créer des environnements favorables disposants de ressources accessibles, de coopérations renforcées et de collectifs pédagogiques capables de soutenir durablement l’engagement des enseignants, des élèves et de l’ensemble des citoyens pour leur permettre de devenir acteurs et actrices du changement.

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À propos du Baromètre EDD 2025

Le Baromètre de l’éducation au développement durable repose sur une enquête menée en 2025 auprès de 751 enseignants, visant à analyser l’évolution de leurs attitudes, pratiques et besoins en matière d’EDD.

Le questionnaire en ligne a été diffusé via la communauté ÊtrePROF et des campagnes sur les réseaux sociaux entre le 11 juin et le 15 juillet 2025. Les comparaisons avec l’édition 2023 ont été réalisées sur un sous-échantillon de 499 enseignants, permettant un contrôle rigoureux des variables personnelles et contextuelles. Des pondérations statistiques ont été appliquées afin de renforcer la représentativité des résultats.

Profil des répondants 

  • 63% ont plus de 10 ans d’ancienneté
  • 90% sont des femmes
  • 16% exercent en REP
  • 50,1% exercent dans le primaire
  • 49,9% exercent dans le secondaire